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​QUAND PÉGUY JEAN OPINE SUR l’INCIDENT DE VENDREDI À MATIN CARAIBES…



En ma qualité de journaliste et de commentateur politique ayant travaillé à la station de la ruelle Chavannes entre 2003 et 2008, où j’ai construit mon nom, je ne saurais ne pas produire une réaction par rapport à ce dérapage inacceptable, survenu le vendredi 02 février dernier alors que se déroulait la dernière édition de la semaine de l’émission assez prisée  “Matin Caraibes”.

D’entrée de jeu, je dois préciser que le problème de la presse est d’abord d’ordre structurel. En Haïti, nous n’avons toujours pas pris le soin de définir le rôle des médias de masse. Nous n’avons non plus pas défini le concept journaliste. Qui est journaliste? Qui ne l’est pas? Comment devient-on journaliste?  Autant de questions toujours pas élucidées dans ce pays bi-centenaire. Pourtant, nous admettons tous, que ceux qui exercent le métier d’informer jouent un rôle fondamental dans la société. Ils forment et informent, à la fois, l’opinion publique.

Samedi 03 fAvocat dernier à MOMENT VÉRITÉ, j’étais toujours pas au courant de cet incident, quand mon co-équipier Frantz Exantus l’a soulevé dans le rappel des temps forts de la semaine, vu que mon whatsup me faisait du souci, du jeudi 1er au dimanche 04 fevrier. 

Ce lundi matin, j’ai pris du temps pour écouter et réécouter la bande vidéo y relative. 

Je salue le jeune Edmond Jn Baptiste et, à travers cette vidéo, j’ai pu comprendre que les termes “corporation et collaboration” sont inexistants dans la profession vu qu’aucune solidarité n’a été exprimée à l’endroit du confrère. Je vais pas opiner sur l’approche de Edmond Jn Baptiste ayant attisé la colère de Michel Martelly. Toutefois, à la place d’Edmond, j’aurais exigé de l’opérateur la coupure du micro de l’invité, comme pour lui signifier  qu’il ne pouvait pas être plus “chef” que celui qui présente l’émission. Et si d’aventure les autres co-animateurs s’opposaient  à cette coupure, la société ferait les conclusions et, pour le moins, on dirait que tu avais fait œuvre qui vaille dans le sens plein du terme. Tu n’avais nullement à laisser l’émission avant sa fin sans au moins exiger publiquement de l’opérateur, cette coupure. Cela peut être assimilé à un manque de maturité professionnelle. 

Pour l’histoire et pour la vérité, j’avais pris mon courage à deux bras quand je devais le faire contre le très puissant d’alors, Me. Osner Fevry, en 2006 ou 2007, alors que j’étais présentateur de Ranmase. 

Sur Signal fm, à MOMENT VÉRITÉ, je l’avais fait aussi contre Kedlair Augustin et Stanley Lucas. 

En réalité, quand le journaliste prend des décisions aussi fortes et courageuses, en dépit des enjeux, il n’a pas à tenir compte de ce qu’allait dire par la suite son Directeur Général ou son patron (terme que j’évite d’utiliser par déformation professionnelle). Je n’avais nullement pensé à ce qu’allaient dire Patrick Moussignac et Mario Viau en prenant ces décisions pour le moins musclées. Croyez-moi: cela m’intéressait peu pour ne pas dire très très peu. Avant tout, je suis un professionnnel. Je l’avais fait tout simplement parce que j’estimais que c’était nécessaire pour la valorisation de ma profession, en pleine chute. Mais, dans la pratique de la professsion, j’ai toujours fait en sorte d’avoir le droit de mon côté. J”évite toujours les informations non confirmées par les sources compétentes. Et quand on peut pas avoir la confirmation, pour le moins, le conditionnel est requis et ceci avec toute la prudence nécessaire. Le journaliste professionnel doit pouvoir en toute liberté, sans tenir compte de la position du proprietaire du media dans lequel il travaille. J’ai bien dit “le journaliste professionnel”. Il faut toujours avoir comme boussole  le droit, l’éthique et sa conscience. 

Je conseille donc à tout jeune journaliste de penser à d’autres activités parallèles à la pratique de la professsion. Chacun à sa vie, à chacun aussi sa petite réalité mais nous savons que, en Haïti, c’est un métier qui ne nourrit pas celui ou celle qui le

pratique. 

En 2006, quoique grande vedette de Ranmase, j’avais pris la décision de retourner à l’Université pour étudier, cette fois-ci, le droit. Pourquoi le droit? Juste parce que je me suis rendu compte que je suis fait pour la pratique des professions libérales. Aujourd’hui, je suis avocat au Barreau de Port au Prince, ce, au même titre que les avocats de renom dont les noms vous passent présentement  à la tête. L’avocat n’a et n’aura jamais de patron. Il n’a que la loi et sa conscience comme boussole. 

J’ai toujours été un homme libre et je le resterai toute la vie. A radio Caraibes comme à Signal fm, quoiqu’on dise, j’ai jamais reçu d’instructions de Patrick Moussignac (2003-2008) et de Mario Viau ( 2011 à nos jours), dans le but d’orienter  mes analyses dans un sens ou dans l’autre. Dans une mesure et si cela porterait atteinte à ma réputation ou à mon image, ma réaction serait, sans nul doute, NON. 

Cependant , sans vouloir faire preuve de manque de modestie, pour être comme ça, il faut avoir 1 de 2 la force de caractère approprié  et 2 de 2 ne guère penser à ce qu’on va faire après, si un licenciement survient. 

Je déplore l’incident de vendredi qui m’a inspiré un nouveau chapitre dans mon ouvrage à paraître en 2020, lors de la

clôture de ma carrière de journaliste qui aura duré deux décennies. La passivité quasi totale des co-animateurs de l’émission m’a beaucoup inspiré aussi. Voilà pourquoi, au tout début de mon texte, j’ai déploré la non application des termes corporation et solidarité. 

Je n’ai pas, comme certains, à critiquer Patrick Moussignac qui œuvrerait derrière les rideaux, selon certains. Pourquoi? Parce que, au micro et partout ailleurs, le journaliste est réputé majeur, mature, clairvoyant et responsable de ses actes.

Nous vivons dans une société malade et sans repère. Aujourd’hui et plus que jamais l’argent joue un rôle prépondérant. Les tenants de la presse se doivent d’œuvrer à l’émergence d’une presse professionnelle et véritablement indépendante. La presse, par définition, est le chien de garde de la démocratie. Elle est à la fois l’oeil et l’oreille de la population. Elle est aussi l’intermédiaire entre les gouvernants et les gouvernants. Dans un pays pauvre comme Haïti, si la presse ne peut pas dénoncer les dérives et prendre position pour les plus faibles et les victimes, cela signifie qu’elle a tout simplement raté sa mission. Si nous voulons véritablement et sans hypocrisie  poser le problème de façon structurelle, nous devons œuvrer à la valorisation de ce noble métier à travers l’émergence d’une presse professionnelle, libre et indépendante, non tributaire des couloirs des ambassades, du pouvoir politique ou du secteur privé des affaires. Seul à ce moment là que les journalistes pourront être utiles à la collectivité, dans le cadre de leur mission de former et d’informer l’opinion publique. 
Péguy JEAN

Avocat au Barreau de PauP

Journaliste & Commentateur politique

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