Editorial

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Le Papier de Rapho, 9 avril 2017…une courtoisie de la ‘’Fondation Harry Bretous’’…

La Saline: Rentrer chez Soi…

Qui aurait dit qu’une hutte, une maisonnette en carton ou en bidon serait considérée comme un havre, un château en écoutant les déplacés de la saline réfugiés au wharf de Jérémie et à la place d’Italie, aux cris de : Nous voulons rentrer chez nous…

Ils voulaient rentrer chez eux dans les ruines d’une ville sale, rongée par les coquerelles et les microbes. Je suis sûr que le sentiment de bonheur chez ces déplacés involontaires sera grand lorsqu’ils regagneront leurs maisons, ou ce que qui s’y apparente. Sans confort, sans eaux, sans toilettes hygiéniques, aux cotés de charniers, de canaux de déversement puants, ce ‘’chez soi’’ pour ces gens représentent tout ce qu’il y avait d’important, de précieux dans leurs conditions.
Malgré les cicatrices de la guerre des gangs alimentée par des ennemis de l’ordre, donc les amis du chaos et la destruction omniprésentes, se retrouver sur une place sans assistance sous des draps de fortune n’avait rien de réjouissant.

Pour eux, rien ne pouvait se comparer à la vie ‘’même merdique’’ dans leur quartier ; mais Dieu du ciel quel Quartier !

Pourtant dans les objectifs de développement durable (ODD) au nombre de 17 pour parvenir à un avenir meilleur et plus durable pour tous, les défis tournaient autour de la pauvreté, des inégalités, du climat, la dégradation de l’environnement, la prospérité, la paix et la justice ; des objectifs interconnectés, planétaires, solidaires à atteindre, d’ici à 2030.

Comment placer La Saline dans tout cela ; un endroit ou un Bain normal se transformait en grand luxe… ?

Robert avait été contraint de partir quand des bandits avaient élu domicile dans sa ville natale en 2014. Il s’est installé à la capitale avec sa famille dans le quartier La Saline, en faisant des petits boulots dans une usine de vêtements. Il vivait dans la pauvreté, dans une situation au dessous de la réalité monétaire nécessaire pour pouvoir, a minima, se nourrir, se vêtir, habiter.

Et paradoxalement, le désir de retour à cette vie primait sur tout. Oui ils seront contents, heureux de rejoindre leur puanteur, leurs immondices au lieu d’exiger une autre place, au lieu de profiter de la situation pour changer la donne, ils imploraient les autorités de créer les moyens en vue de rentrer chez eux, comme s’ils étaient condamnés, destinés à mener cette existence de ‘’rats d’égout’’ jusqu’à la fin de leur vie.

Des femmes, des enfants, des personnes âgées au milieu d’un décor lugubre de privation ; on les a vus à la place d’Italie et au Wharf de Jérémie ; mais qui les voyait dans leur quotidien, dans leur quartier La Saline traversé par deux canaux remplis de fatras et de matières fécales à proximité du Parlement Haïtien… ?

Voici ce que cela représentait pour ces gens quand ils parlent de Rentrer chez Soi…

Qui avait parlé de Changement de Système… ?

Raphaël Théoma Daniel…

Remerciements à la Fondation Harry Bretous, LEAD Ayiti, Jeune Barreau de Port-au-Prince…

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