Éditorial

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Le Papier de Rapho, 29 mars 2019…

Cazale : 50 ans après; Devoir de Mémoire…

Il faut que les atrocités de 1969 soient connues de tous, lançait la vielle dame la mine grave, les yeux perdus dans le vide de l’oubli complice de cette société. Le massacre de Cazale était le plus important parmi les tueries de masse enregistrées en Haïti ; cela s’était passé sous le régime des Duvalier. Pourtant, c’était le moins bien connu de la population ; peut-être parce qu’il s’agissait de pauvres paysans, c’est à dire de gens de moindre importance, comme ceux des ghettos, des quartiers populaires, des cités cartons, des cités bidon, des “kokorat”.

Et pour cause, Cazale en 2019 ne figurait sur aucune carte de développement : Pas de juge, pas de commissariat, pas d’hôpital, pas de route…Ce n’était qu’un ” Trou” oublié, ces gens n’avaient pas de Droit.

« Il n’y avait jamais eu d’action en justice de la part des victimes». Pendant le régime des Duvalier c’était impensable, on n’avait pas ce droit, cette liberté. Après la chute de la dictature et jusqu’à aujourd’hui, la plupart des habitants continua d’avoir peur vu que des “gros bras” de l’époque étaient dans l’arène du pouvoir».
C’était de cette Cazale meurtrie que nous parlions ce matin.

Ce fut par une procession religieuse que les activités commémoratives du massacre de Cazal débutèrent. Autorités locales, Citoyens et écoliers, tous se réunirent pour marquer cette triste date ; 50 ans déjà. La cérémonie, religieuse terminée, la foule se rendit sur la place de la résistance, lieu d’inhumation des victimes pour déposer une gerbe de fleur. Et là…. des survivants, témoins meurtris de ce massacre contèrent ce récit sanglant, sanguinaire, meurtrier.

1969. il y eut au moins 23 morts, 80 disparus et 82 maisons incendiées. Les faits : un soulèvement de paysans mécontents de payer les lourdes taxes que leur imposait le pouvoir et les restrictions sur l’utilisation de l’eau de la rivière qui traversait leur village au profit de Duvalier-ville, l’actuelle Cabaret. Exaspérés par un énième abus, une petite foule attaqua la caserne des militaires. Furieux, ils arrachèrent le drapeau noir et rouge duvaliériste et le remplacèrent par le bleu et rouge.

Accusés d’être des communistes, les paysans ont payé de leur vie cet affront, celui de revendiquer. Ils ont été punis jusqu’au sang, emprisonnés, torturés ou tout simplement tués par l’armée et la milice du régime en place ; il y en a qui ont été enterrés vivants.

Il n’y avait que Joël Lorquet et Guylène Salès respectivement de la Fondation Lorquet pour une nouvelle Haïti et de la Fondation devoir de mémoire Haïti pour marquer la date 2 jours avant le 29 mars. Nous étions trop pris dans la gestion de ‘Pays LOCK” entre pour ou contre.

De toute façon, ce n’était que des paysans, sans titres, sans statut social, sans nom de famille importante.

Sauf que le changement du système passait aussi par là …Devoir de Mémoire…

Raphaël Théoma Daniel

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