Éditorial

Éditorial

Le papier de Rapho, 27 février 2019…

La Marchande Fatiguée…

Assise sur un muret, le visage en sueur, elle reprenait son souffle ; à coté d’elle son commerce ; une cuvette remplie de produits ; on comprend qu’elle fournissait un travail énorme au cours de la journée : le poids de son chargement, le parcours, l’effort déployé pour crier et attirer les potentiels acheteurs.

Si sa journée commençait tôt ; elle n’avait pas d’heure pour terminer ; ces guerrières arpentaient les rues de la capitale dans les moindres recoins, les corridors, les ravins; elles parcouraient des kilomètres.

Elles étaient des inconnues, qui se familiarisaient au fil des jours, développaient une proximité et se socialisaient avec les clients ; mais elles n’avaient aucune garantie ; tout d’abord en cas de besoin dans les rues : pas de toilettes, pas de secours, pas d’assurance, pas de solidarité; elles faisaient leurs besoins dans un coin sans nous émouvoir même si notre santé en dépendait dans certains cas.

On ne savait pas où elles habitaient, on se moquait de la distance qu’elles parcouraient, beau temps, mauvais temps, nous les attendions quand nous nous sentons trop importants, trop précieux pour sortir ; elles habitaient pour la plupart dans des coins sordides, des corridors humides, dès fois elles viennent de très loin.

Ces gens, condamnés sans raison n’étaient pas éligibles, ni représentatifs comme le sont d’autres qui ont obtenu des prêts pour le restant de leurs vies sans aucun souci à l’ONA ; ils savaient déjà qu’ils ne pourront jamais les rembourser et ceux qui avaient accepté savent aussi que cet argent ne retournera jamais dans les caisses de l’institution.

Cette marchande ne sera jamais parmi ces gens, ces ‘’Manitou’’, qui profitent de tous les avantages de ce pays pourtant laissé en héritage par nos pères, même aux détaillants et marchands de rue ambulants.

Ces femmes, ces mères, ces championnes du pavé sont fatiguées de nous, de nos magouilles, nos mensonges ; et cela se lisait sur leurs visages en sueurs assises par terre, sur un muret, dans un coin sale d’une rue, devant nos maisons et surtout dans leurs voix charmantes de saltimbanques improvisés qui nous livrent leur volonté de vivre malgré leur injuste condamnation…

Malheureusement, elles n’intéressaient ni les autorités, ni les élites, encore moins les ‘’Vendeurs de Micro’’…

Raphaël Théoma Daniel…

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