Éditorial

Éditorial

Le Papier de Rapho, 20 février 2019…

De Bandits à Touristes…

J’aurais voulu dénoncer l’amateurisme; j’aurais voulu crier que nous étions mal dirigés, mais j’avais un ami au palais national, un autre à la primature, d’autres au parlement, et plusieurs autres dans des ministères, dans des institutions, et au nom de notre amitié, je me suis tu.

J’aurais voulu sortir dans la rue, exprimer ma colère, blasphémer le nom de ces tout-puissant, de ces dieux qui m’ont forgé, mais au nom de l’enseignement, de la peur, de l’endoctrinement, je me suis tu.

J’aurais voulu exiger des comptes à ceux qui ont pris plus qu’il leur en fallait, ceux qui ont transformé les biens collectifs en gains individuels, personnels, mais parmi eux j’avais des amis, je me suis tu.

J’aurais envie de dire à mes amis que rien n’était normal, qu’il fallait changer l’ordre des choses, que la vie n’avait plus de sens, mais c’était mes amis, je me suis tu.

Je regarde ailleurs pour ne pas voir, je me bouche les oreilles pour entendre ce qui me plaisait, je ris, je fais semblant d’être heureux, je me tais.

Personne n’était parfait me dira-t-on? Que celui qui n’était pas coupable jetât la première pierre, une façon de me culpabiliser, de me réduire au silence, je me suis tu?

J’aurais voulu changer de pays, de nationalité pour retrouver une certaine fierté, une certaine dignité, mais on restait ce qu’on était jusqu’à sa mort, on ne pouvait ni changer de peau, ni de gène j’ai compris tout cela; mais je me tais.

Je me regarde, je ris; je suis minable, ridicule, lâche, je me dégoute, mais je résiste à l’idée de m’engager véritablement pour changer les choses, mais je me tais, je fuis mes responsabilités, je ne suis rien qu’une coquille vide, un automate, un pantin animé.

Je ne savais plus qui était qui, qui faisait quoi, qui disait quoi?

Je me gardais de porter des jugements désormais; la réalité était tout autre. En tant que penseur, j’aurais du comprendre, appréhender les faits, ne jamais réfléchir au premier degré; je me suis malgré tout laissé embobiner, entuber, baiser, enculer, fumer, rouler jusqu’à confondre Bien et Mal, Bandits et Touristes. Mais je continue à me taire.

Raphaël Théoma Daniel…

Related posts

Leave a Comment