Économie

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La démographie au service de l’économique: en Haïti le divorce est consommé!

Réflexion Économiste Ferdinand Robenson

Rubrique Économique : Toute la ville en parle!

Tous droits réservés 30/05/2018,
@Radyo Tele Idantitew

Dans le précédent papier, nous avons proposé aux décideurs politiques et économiques d’appliquer une politique démographique claire, sans équivoque, qui soit au service d’un modèle de croissance propre à Haïti. Ce présent papier est consacré à l’analyse des principaux courants de la pensée démographique.

Beaucoup d’auteurs ont donné leur point de vue sur le rôle du facteur démographique, la population, dans le processus de développement d’un pays. On peut les classer en deux (2) grandes catégories. D’un côté, il y a les malthusinistes et les néomalthusiens qui sont défavorables à la croissance démographique, considérée comme une entrave au développement. D’un autre côté, il y a les natalistes/populationnistes qui, au contraire, sont favorables à la croissance démographique. A leurs yeux, l’augmentation de la population peut stimuler le développement.

Thomas Robert Malthus, partisan/défenseur farouche de la décroissance démographique, affirmait dans son essai sur le principe de la population (1798) que la population augmente de manière géométrique/exponentielle tandis que les ressources augmentent de manière arithmétique. Autrement dit, la population augmente beaucoup plus vite que les ressources (loi de la population). Ainsi, si l’on ne prend pas les dispositions nécessaires afin de contrôler l’évolution naturelle de la population, la pauvreté devient évidente (métaphore du banquet de la nature). A cet effet, Malthus proposa au jeunes de retarder leur mariage, à défaut de maturité économique, et de pratiquer la chasteté.

Les néomathusiens étaient aussi des partisans de la décroissance démographique. Cependant, à la différence de Malthus, ils préconisaient l’utilisation des méthodes contraceptives (planning familial, préservatif,…). On se rappelle que Malthus était un théologien, par conséquent, il s’opposait farouchement aux méthodes non naturelles.

Plusieurs auteurs ont pris le contre pieds des affirmations de Malthus, mais l’un des travaux les plus remarquables est celui de l’économiste français Alfred Sauvy. En effet, dans un document intitulé théorie générale de la population publié en 1952, Sauvy rejetait catégoriquement les idées de Malthus en suggérant que nous devons choisir de croître ou de vieillir. Leroy P. Beaulieu, à travers sa parabole des trois (3) Malthus, suggérait que les analyses de Malthus étaient justes mais non contextuelles. Pour lui, Malthus a omis le progrès technique et, par ricochet, la possibilité de doper la production afin de compenser l’évolution de la population.

Après la grande famine des années 50 en Chine, le président *Deng Xiaoping* imposa aux chinois une politique dite de l’enfant unique. Suivant cette politique, chaque couple marié avait droit à un seul enfant. En milieu rural où la main-d’oeuvre masculine était plus demandée, il était permis à un couple d’avoir un deuxième enfant si le premier était de sexe féminin. Les contrevenants devaient s’acquitter de forte amende ou de voir leur deuxième enfant dans la classe *des enfants de l’ombre*, c’est-à-dire, non reconnus par l’État. Xiaoping imputa les difficultés de l’économie chinoise à sa population qui était trop nombreuse. Donc, la seule solution était la décroissance démographique.

Avant lui, *Mao Tse Dong* était favorable à l’augmentation de la population chinoise. Pour lui, à chaque nouvelle bouche correspond deux (2) nouveaux bras. Autrement dit, une personne pouvait produire deux (2) fois plus de biens et de services qu’elle en consomme. Aujourd’hui encore, face au vieillissement de la population chinoise, les autorités ont décidé de mettre fin à la politique de l’enfant unique.

En Haïti, les différents gouvernements qui se sont succédés à la tête de l’État n’ont jamais défini une politique démographique claire, sans équivoque, qui soit au service du développement du pays. A un certain temps, la classe prolétarienne optait pour la croissance démographique au nom du principe *pitit se byen malere*. Il faut se souvenir qu’à cet époque l’économie haïtienne reposait essentiellement sur l’agriculture. Une agriculture non modernisée qui exigeait beaucoup de bras. Maintenant, on a comme l’impression que les autorités sont favorables à la décroissance démographique. A preuve, les distributions massives de préservatif, le planning familial etc. sont tolérés et même encouragés par les autorités. Toutefois, l’avortement, sujet tabou en Haïti, n’est pas encore dépénalisé (article 262 du code pénal haïtien).

Face à ce comportement irresponsable des autorités étatiques, qui ne comprennent pas encore la nécessité de mettre la population au service du développement du pays, une seule chose est certaine: le déséquilibre ressources-population s’accentue davantage avec son cortège de pauvreté et d’inégalités sociales, car la population ne cesse d’augmenter (1.31% en 2015) tandis que les ressources augmentent à rythme moindre (1% en 2017). Donc le divorce entre la démographie et l’économique est consommé. De surcroît, les inégalités sont flagrantes. Ce qui risque de nous conduire, sans toutefois le souhaiter, à un éclatement social car les autorités n’ont pas encore prouvé leur capacité à élaborer un plan de réconciliation viable.

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