Économie

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Croissance économique salvatrice: mythe ou réalité!

Réflexion Économiste Ferdinand Robenson

Rubrique Économique : Toute la ville en parle!

Tous droits réservés 20/05/2018,
@Radyo Tele Idantitew

Simon Kuznets, économiste américain d’origine russe, prix Nobel d’économie en 1971, definit la croissance économique comme une hausse à long terme de la capacité d’un pays à offrir à sa population une gamme sans cesse élargie de biens économiques. Cette capacité est fondée sur le progrès technique (modèle de solow) et les ajustements institutionnels et idéologiques… La croissance économique est considérée comme étant un phénomène quantitatif, mesurable, traduisant un accroissement durable du produit global net, en termes réels, d’une économie.

Dans le temps, on croyait que la croissance économique conduirait inéluctablement au développement grâce à l’effet de ruissellement. Autrement dit, on confondait la croissance économique et le développement. Au fil du temps, les faits prouvent qu’il peut y avoir croissance économique sans développement et même une croissance appauvrissante, pour reprendre les mots de J.N. Bhagwati.

Pour Walte w. Rostow, le développement est un processus historique, un chemin linéaire, axé sur cinq (5) phases consécutives (théorie du décollage). C’est un phénomène qualitatif qui se traduit par un mouvement vers le haut de tout le corps social selon G. Myrdal. De l’avis de J. Vinet, le développement est un processus cumulatif qui permet une amélioration des capacités humaines… Selon lui, les conditions préalables aux développement sont au nombre de trois (3): les masses populaires soient alphabétisées (1), en bonne santé (2) et suffisamment bien nouries (3). Pour François Peroux, le développement est la combinaison des changements mentaux et sociaux d’une population qui la rendent apte à accroître cumulativement et durablement son produit réel global. Le développement suppose donc, en plus de la croissance économique, une meilleure répartition de la richesse. Certes la croissance économique est une condition préalable [nécessaire] au développement mais elle est loin d’être suffisante.

En Haïti, tous les indicateurs sont en rouge: le taux de croissance du PIB est faible (1% en 2017), la population augmente à un rythme effréné et inquiétant (1.31% en 2015). Or si la population augmente plus vite que la richesse, le revenu percapitat (PIB/habitant) diminue, on aura une augmentation de la pauvreté (la loi de la population et la métaphore du banquet de la nature de Thomas Robert Malthus). L’indice de développement humain est faible (0.493 en 2015), l’indice de Gini qui prend en compte la concentration du revenu (courbe de Lorenz) et, par conséquent, les inégalités dans la répartition du revenu oscille autour de 0.6. D’ailleurs, Haïti figure parmi les dix (10) pays les plus inégalitaires au monde… Dans ces conditions, une croissance économique qui ne s’accompagne pas d’une politique démographique bien calculée et d’une politique sociale visant une redistribution institutionnelle réelle et responsable de revenus ne peut aboutir à rien, sinon à une accentuation de la pauvreté.

Que faire? Nous proposons aux décideurs politiques et économiques d’adopter leur propre modèle de croissance en tenant compte des particularités de la société haïtienne; de créer une secrétairie d’État à la population afin de définir une politique démographique claire qui sera au service du modèle de croissance défini et de mettre en place des programmes sociaux, non démagogiques, de redistribution réelle de la richesse s’ils veulent transformer le mythe de la croissance salvatrice en une réalité.

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