Économie

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Pauvreté en Haïti: au-delà des mauvais choix de l’État!

Réflexion Économiste Ferdinand Robenson

Rubrique Économique : Toute la ville en parle!

Tous droits réservés 19/06/2018,
@Radyo Tele Idantitew

Dévalorisation de la gourde et politique monétaire en Haïti: quand les autorités monétaires cherchent midi à quatorze heures!

La politique monétaire est l’ensemble des moyens dont disposent les Etats ou les autorités monétaires (la banque centrale), pour agir sur l’activité économique par l’intermédiaire de l’offre monétaire. L’objectif est, en règle générale, d’assurer la stabilité des prix qui est considérée comme un préalable au développement de l’activité économique, en essayant si possible d’atteindre des objectifs de croissance, de plein emploi et d’équilibre du commerce extérieur (la toupie). En Haïti, l’autorité compétente en la matière est la Banque de la République d’Haïti (BRH). Il existe deux (2) sortes de politique monétaire: politique monétaire expansionniste et politique monétaire restrictive. La première consiste à augmenter la masse monétaire; à l’opposé, la seconde sert à la diminuer.

En principe, si le gouvernement, à travers la BRH, applique une politique monétaire expansionniste, il y aura plus de monnaie en circulation, la monnaie perd de la valeur et le pouvoir d’achat diminue, c’est ce que les monétaristes appellent inflation par la monnaie (équation de l’échange: théorie quantitative de la monnaie). À l’inverse, si le gouvernement applique une politique monétaire restrictive, la masse monétaire diminue, la monnaie prend de la valeur, le pouvoir d’achat augmente, c’est la déflation (effet de Pigou). On se rappelle que la valeur d’un bien dépend à la fois de son utilité et de son coefficient de rareté. On se rappelle également que suivant la relation de Philipps toute politique visant à combattre l’inflation peut générer du chômage ou toute politique visant à combattre le chômage peut causer de l’inflation (dilemme inflation-chômage).

La BRH dispose de plusieurs instruments pour modifier la masse monétaire dans un sens comme dans un autre. Dans ce papier, on va considérer quelques uns.

L’un de ces instruments est le taux de réserve obligatoire. Quand les agents économiques effectuent des dépôts dans une banque à charte, une partie de la somme déposée sera transférée à la BRH sous forme de réserves obligatoires. Si la BRH veut augmenter la masse monétaire, elle diminue le taux de reserve obligatoire. Si à l’inverse elle veut diminuer la masse monétaire, elle augmente le taux de réserve obligatoire. Un autre instrument dont dispose la BRH est le taux d’escompte. Il est le taux auquel la BRH prête de l’argent aux banques à charte. Quand celle-ci veut augmenter la masse monétaire, elle diminue le taux d’escompte. Par contre, quand elle veut diminuer la masse monétaire, elle augmente le taux d’escompte. L’opération open market est encore un autre instrument qui est à la disposition des autorités monétaires. Cette opération se concrétise dans la pratique par l’achat ou la vente de bons du trésor. Un bon du trésor est titre financier qui donne lieu à une obligation… Quand les autorités veulent augmenter la masse monétaire, elles achètent des bons du trésor. Quand elles souhaitent diminuer la masse monétaire, elles vendent des bons du trésor. Le dernier instrument qu’on va considérer est l’opération swap de devises qui se subdivise en swap de vente et en swap d’achat. Depuis la conférence de Bretton Woods, la monnaie de référence internationale est le dollar américain. A cet effet, tous les pays disposent de réserves en dollars américains. Si la BRH veut augmenter la masse monétaire, elle effectue une opération dite swap d’achat. Celle-ci consiste à acheter des dollars afin de mettre plus de gourdes en circulation. Si au contraire elle veut diminuer la masse monétaire, elle effectue une autre opération dite swap de vente. Cette dernière consiste à vendre des dollars américains afin de diminuer la quantité de gourdes qui est en circulation. A termes, les autorités cherchent une appréciation de la gourde.

Il existe deux (2) systèmes de change. Le système de change fixe et le système de change flottant. Dans le premier, ce sont les autorités monétaires qui définissent la valeur de leur monnaie par rapport au dollar américain. Dans le second, c’est le marché (loi de l’offre et de la demande) monétaire qui joue ce rôle. Sous l’administration du président Philippe Sudre Dartiguenave et jusque vers les années 70, mars 1973 pour être plus précis, Haïti pratiquait le système de change fixe. A cette époque, on avait besoin de cinq (5) gourdes pour un dollar américain. Mais depuis l’adoption du système de change flottant, il est un fait indéniable que la gourde ne cesse de se dévaloriser face au dollar américain. A preuve, en 1995 on avait besoin d’environ 25 gourdes pour un dollar américain. En 2008, un dollar américain valait approximativement 40 gourdes. Aujourd’hui, un dollar américain équivaut à plus de 65 gourdes.

Il faut dire que la BRH adopte constamment des mesures visant à stopper cette hémorragie. A plusieurs reprises, elle injecte des millions de dollars américains dans l’économie à travers des opérations dites swap de vente. Mais les résultats sont toujours médiocres. En fait, elle n’arrive à stabiliser la gourde qu’à court terme, le temps de permettre à l’économie d’absorber, à moyen terme, les dollars injectés. Pourquoi? La réponse est simple. Le problème n’est pas conjoncturel, il est de préférence structurel.

Les causes structurelles de la dévalorisation de la gourde sont multiples. Le PIB est faible (environ 8 milliard de dollars américains) et nous avons constamment un déficit commercial. C’est-à-dire, nos exportations sont faibles et nous importons, à l’inverse, presque tout ce que nous consommons. On se rappelle que les importations sont libellées en dollars américains… Puisque nos exportations sont faibles, peu de devises étrangères arrivent au pays. L’effet concomitant de ces phénomènes engendre une pression intense sur la demande du dollar américain. On aurait pû compenser cette pression avec les transferts privés de la diaspora car ceux-ci représentent la principale source de devises du pays (Jean 2015). Mais malheureusement Haïti n’est qu’un pays de transit des ces fonds qui ne tardent pas à sortir immédiatement du pays pour diverses raisons…

Certes, la dépréciation de la gourde n’est pas une bonne chose pour notre économie, mais le plus grand défi à relever consiste à relancer la production nationale afin de renouer avec une croissance économique soutenue. Seule une réforme approfondie de l’économie haïtienne permettra d’y arriver!

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