Économie

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Pauvreté en Haïti: au-delà des mauvais choix de l’État!

Réflexion Économiste Ferdinand Robenson

Rubrique Économique : Toute la ville en parle!

Tous droits réservés 08/06/2018,
@Radyo Tele Idantitew

Deux des principales approches relatives à l’analyse de la pauvreté sont faites par la Banque mondiale (BM) et le Programme des nations unies pour le développement (PNUD). Aux yeux des spécialistes de la BM, la pauvreté est avant tout d’ordre monétaire. Ils en distinguent deux catégories : la pauvreté générale ou relative et la pauvreté extrême ou absolue. Une personne vivant sous le seuil de pauvreté absolue se trouve dans l’impossibilité de satisfaire ses besoins alimentaires (malnutrition et/ou sous-nutrition), tandis que celle vivant sous le seuil de pauvreté relative peut uniquement répondre à ses besoins alimentaires. Du côté du PNUD, les spécialistes mettent l’emphase sur la pauvreté humaine. Une personne se trouve dans une situation de pauvreté humaine quand elle n’a pas accès aux biens et services de base (alimentation, santé, éducation, etc.).

Certains économistes considèrent l’économie comme une science des choix. En effet, cette discipline trouve sa raison d’être à partir de deux (2) constats fondamentaux: les ressources sont rares et les besoins sont illimités. Cette situation nous (agents économiques) impose constamment des choix. Tout agent économique (ménage, entreprise et Etat) doit toujours essayer d’effectuer le meilleur choix possible, au nom du principe de la rationalité. Pour un ménage, les consommateurs, le meilleur choix suppose la maximisation de son utilité, sa satisfaction. Pour les entreprises par contre, le meilleur choix réside dans la maximisation du profit. Puisque ces deux objectifs sont contradictoires, le rôle de l’État consiste à atteindre l’optimum de Pareto. C’est-à-dire, l’administration publique doit arbitrer entre les ménages et les entreprises afin d’améliorer les conditions des uns sans porter préjudice aux situations des autres.

Le rôle de l’État dans l’économie a toujours été l’objet de débat parmi les économistes. Les mercantiles préconisaient l’intervention directe de l’État dans l’économie afin d’encourager les exportations (de produits manufacturés mais non de matières premières) grâce aux subventions à l’exportation et de décourager les importations avec des mesures protectionnistes (droits de douane par exemple). L’objectif affiché était d’avoir une balance commerciale excédentaire. Les libéraux (les physiocrates, les classiques et les néoclassiques/marginalistes) rejetaient catégoriquement toute idée d’intervention de l’État dans l’économie. Adam Smith, considéré comme le père du libéralisme économique, à travers la théorie de la main invisible a consacré le principe de la non intervention de l’État dans l’économie. Après la crise de 1929, John Ménard Keynes a publié en 1936 un document intitulé théorie générale de l’emploi de l’intérêt et de la monnaie dans lequel il réaffirmait le rôle crucial de l’État dans l’économie. Après lui, les marginalistes, dont Robert Lucas, allaient réaffirmer le principe de la non intervention de l’État dans l’économie. Donc, certains économistes sont favorables à l’intervention de l’État dans l’économie, d’autres y sont défavorables.

Tous les indicateurs prouvent qu’Haiti est un pays pauvre. Dans son livre intitulé “Haïti a choisi de devenir pauvre…”, Etzer Émile soulève plusieurs raisons qui seraient à la base de cette situation de pauvreté qui prévaut dans le pays. Pour lui, celle-ci est la résultante de mauvais choix effectués par les autorités… Il a peut-être raison! Mais quel est le degré de responsabilité des citoyens? Pour répondre cette question, nous devons aller au-delà des choix étatiques.

Sur le plan démographique, les ménages haïtiens ne maîtrisent pas encore leur pouvoir de procréer. Ils mettent des enfants au monde indépendamment de leur maturité économique. Sur le plan économique, ils n’arrivent pas à classer leurs besoins par ordre de priorité afin de les satisfaire les uns après les autres au nom du principe de la comparabilité des besoins. Sur le plan social, la seule chose qu’ils comprennent c’est l’effet d’image, de snobisme et/ou d’imitation. Sur le plan religieux, ils n’arrivent pas à dissocier foi et raison. Sur le plan politique, ils n’ont jamais voté un programme mais un candidat et/ou un “parti” [pris]… Autant de lacunes qui confirment que les ménages haïtiens sont irrationnels… Je ne cherche nullement à dédouaner les dirigeants haïtiens. Quelle idée ? Au contraire! Cependant, je crois fermement que nous, les citoyens, sommes en partie responsables de notre situation de pauvreté abjecte. Que faire? L’éducation est la clef!

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